Réalisateur : Nikita Mikhalkov Acteurs : Oleg Menchikov, Ingeborga Dapkounaite, Nikita Mikhalkov, Nadia Mikhalkov Production : Studio Trite, Camera One
Dimitri rentre dans son village d'origine après dix ans d'absence, mais ces retrouvailles sonnent comme un mauvais présage. Nikita Mikhalkov filme la dernière journée de bonheur d'une famille détruite par les purges staliniennes.
Après de années de silence, Dimitri retrouve son ancien amour, Maroussia. Celle-ci s'est mariée à Sergueï Petrovitch, colonel de l'Armée rouge et héros de la Révolution, qui lui a donné une petite fille Nadia. Ce brusque retour bouleverse les consciences et fait rejaillir de douloureux souvenirs. Peu à peu, en cette chaude journée de l'été 1936, la joie des retrouvailles laisse placeà une certaine angoisse. Dimitri appartient à la police politique. Quelle est la raison de sa soudaine réapparition ?
LE DÉSIR ET L'HONNEUR "Il n'y a pas d'innocents dans mon film. Ni de coupables", déclarait Nikita Mikhalkov lors de la sortie de Soleil trompeur. Chacun de ses personnages est abordé dans son ambivalence fondamentale : militaire héroïque ou coupable de trahison, agent dévoué ou corrompu, épouse aimante ou aigrie. Sergueï, Dimitri et Maroussia sont pris dans l'engrenage de l'histoire et en subissent de plein fouet les retournements. Toute vérité devient relative sous le regard de Staline. Tels les personnages d'une tragédie antique, ces simples mortels tentent de concilier leurs désirs instinctifs et charnels aux forces impérieuses et à leur conception de l'honneur. Honneur qui, pour Sergueï et Dimitri, ne peut exister hors d'une servilité totale envers le pouvoir soviétique. Au fil du récit, construit sur un brillant crescendo dramatique, les valeurs de chacun vont révéler leur précarité. Indéniablement, Soleil trompeur est une tragédie, mais c'est par un ton léger et bucolique que le réalisateur l'exprime. Les larmes sont cachées et les douleurs restent secrètes. Non-dits et demi-mensonges rythment le récit. Sept ans après les Yeux noirs, on retrouve chez Nikita Mikhalkov l'art de disséquer les choses en paraissant seulement les effleurer. Il conserve la sensualité et la poésie comme uniques guides dans sa mise en scène. L'interprétation, remarquable et toute en nuances, participe à cette réussite. On retiendra tout particulièrement Nadia, la fille du réalisateur et son extraordinaire complice à l'écran.